Les soft skills sans le côté marketing – Episode 2 : Eloge de la vulnérabilité

Les soft skills sans le côté marketing – Episode 2 : Eloge de la vulnérabilité

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Nous continuons notre série sur les soft skills de demain selon Open Mind. Les 1 500 + bilans cognitifs et émotionnels que nous avons réalisés auprès de cadres et dirigeants français, nous ont permis de mettre des mots sur les problématiques cognitives et émotionnelles qu’ils rencontrent au quotidien et quelles compétences ont-ils ou doivent-ils développer pour y faire face. Nous vous avons parlé ici de la régulation émotionnelle comme première soft skills à posséder. Nous allons continuer dans notre lancée des soft skills liées aux émotions et vous parler d’une compétence essentielle, qui nous force à sortir de notre zone de confort : la vulnérabilité. 

La première, et quasi la seule, à parler de vulnérabilité au travail est Brené Brown, chercheuse en sciences humaines et sociales à l’université de Houston. C’est dire que l’idée de laisser place à la vulnérabilité au travail est encore touchy. Cependant, nous sommes convaincus que la vulnérabilité et l’authenticité sont essentielles à l’épanouissement et la performance professionnelle.

LA VULNÉRABILITÉ EST LE COURAGE D’ÊTRE SOI-MÊME

C’est dur, c’est inconfortable, ce n’est pas une partie de plaisir. La vulnérabilité implique de développer notre tolérance à l’inconfort. Mais elle est essentielle car pour nous connecter à autrui, nous devons nous montrer tels que nous sommes. Lorsque quelqu’un n’est pas authentique, cache ses émotions ou les transforme, nous le sentons directement. 

Réfléchissez à toutes les connections humaines importantes que vous avez créées dans votre vie : amis, collègues, “significant other”, chaque relation a pu se faire grâce à l’expression de votre vulnérabilité et de la sienne. C’est ce qu’on attend de l’autre, qu’il partage de lui-même. Même si c’est souvent la dernière chose que nous avons envie de montrer de nous. Et pourtant, Brené Brown l’exprime parfaitement “Les mots les plus puissants que l’on puisse entendre lorsque nous sommes en difficulté sont : “Moi aussi””. Les relations humaines sont notre raison d’existence. c’est ce qui donne un but et un sens à nos vies. 

La honte sous-tend la plupart du temps notre incapacité à nous montrer vulnérable. Si je révèle cet aspect de moi ou cette émotion que je ressens, je me montre faible et perdrai la relation que j’ai avec les autres et leur respect. Les personnes n’osant pas être vulnérables ont peur de la déconnexion, peur de ne pas mériter cette connexion humaine si elles révèlent une partie d’elle-même dont elles ont honte. Les personnes réussissant à être vulnérables sont authentiques. Elles ont abandonné l’idée de qui elles aimeraient être aux yeux des autres, pour être qui elles sont réellement, ce qui est un impératif pour entrer en relation avec les autres. Etymologiquement, le courage c’est raconter qui nous sommes avec tout notre coeur. 

LA VULNÉRABILITÉ SANS LIMITES N’EST PAS DE LA VULNÉRABILITÉ

Cependant, la vulnérabilité au travail n’est pas montrer tout de soi-même. Ce n’est pas non plus exposer nos angoisses ou nos peurs les plus profondes au premier contact. Il s’agit de partager ce qui est approprié au lieu de travail et ce qui peut aider à la relation avec les collaborateurs. 

Brenée Brown donne cet exemple : un dirigeant d’entreprise fait un discours face à ses employés concernant une fusion à venir. Il ne peut pas dire “Je panique, Je ne sais pas ce que je fais, ni ce que je dois faire”.  Le moment serait mal convenu et les interlocuteurs mal choisis pour exprimer ses angoisses. Il faut savoir choisir quoi dire, quand le dire et avec qui. Pour bien faire ses choix, il faut mettre en mot nos motivations derrière. “Si j’exprime ces angoisses liées à la fusion, c’est parce que je souhaite de l’aide, je souhaite qu’on me conseille pour être moins stressé”. Dans ces cas-là, le dirigeant s’orienterait plutôt vers un mentor ou un groupe de pairs, chez qui la problématique résonnera. 

LE POTENTIEL À SAVOIR ÊTRE VULNÉRABLE EST UNE VÉRITABLE MESURE DU COURAGE MANAGÉRIAL 

Le rôle du leader, manager, dirigeant est central pour créer une culture d’entreprise autorisant la vulnérabilité. Quand on est leader, tout comme lorsqu’on est vulnérable, on ne peut pas ne pas être dans le risque ou l’incertitude. Les cadres et dirigeants doivent être les premiers à promouvoir ce comportement et ne pas avoir peur d’exprimer leurs émotions. 

Lorsqu’un leader se montre vulnérable, il envoie clairement le message qu’il rencontre lui aussi des difficultés, et qu’il pourrait avoir besoin d’aide. Ce comportement devient un modèle pour ses collaborateurs, qui n’ont alors pas peur de demander de l’aide plutôt que de rester bloqués seuls de leur côté, et stopper toute productivité. C’est un signe clair pour les collaborateurs qu’ils peuvent se faire confiance et demander de l’aide. 

A l’inverse, lorsqu’un leader n’exprime pas sa vulnérabilité, comme par exemple reconnaître lorsqu’il a tort ou montrer ses limites, les effets sont plus dévastateurs qu’on ne le pense. Déjà, il peut être perçu comme intimidant et fermé d’esprit. Ensuite, cela envoie le message aux collaborateurs qu’eux-mêmes ne peuvent pas se montrer vulnérables : personne ne reconnait ses erreurs, personne n’avoue être face à un problème et personne n’ose demander de l’aide. Chaque petite tâche vient alors réveiller les insécurités de chacun. 

VULNÉRABILITÉ ET PERFORMANCE 

La vulnérabilité est à la base de nombreuses autres soft skills tel que l’innovation, la créativité, l’acceptation et l’adaptation au changement, ou encore l’esprit d’équipe.   

Sans la vulnérabilité, comment pourrait-on innover ? Essayer quelque chose de nouveau demande de la vulnérabilité car c’est garder en tête que l’échec est une possibilité. L’expression de la vulnérabilité crée l’espace pour un “échec productif” d’après les mots de Brené Brown. 

La vulnérabilité est aussi considérée comme le meilleur moyen de bâtir des relations d’équipe solides à base de confiance et d’entraide. Avec de telles relations, il est alors plus facile de recevoir et donner un feedback critique et constructif permettant d’évoluer et de s’améliorer. 

Il faut pratiquer la vulnérabilité. Ca ne vient pas tout de suite. Plus on la pratique, plus on apprend à gérer l’inconfort qu’elle crée. Vivre dans l’inconfort durant un certain temps vaut le coup, car si on regarde ce que sous tend la capacité à être vulnérable, nous touchons directement à l’engagement au travail des collaborateurs. 

Auteur : Anaïs Roux